L’Obéissance de la Foi dans Romains
NB : Les références bibliques sont tirées de la version Louis Segond, version revue 2020 par les Éditions du Centre d’Enseignement Biblique, Éditions C. E. B. 4806 Trousdale Dr, Nashville, TN 37220 USA
La doctrine du salut par la foi est depuis plus de 500 ans un sujet de débats et de désaccords sans fin au sein du christianisme. Beaucoup se sont trompés dans leur compréhension de Romains en donnant une mauvaise définition au mot « pistis » qui sous-tend les termes anglais « croire » et « foi ». La principale influence sur l’interprétation de Romains lors de la Réforme protestante fut l’accent catholique mis sur les œuvres humaines pour le salut.1 Le protestantisme a ainsi compris Romains comme un contraste entre les « œuvres » (définies comme tout effort humain) et la « foi » (définie comme un simple consentement mental à Jésus sans aucune action à accomplir). Le monde protestant est tellement imprégné de cette compréhension que la remettre en question est presque une hérésie. Écrivant en 1875 dans son commentaire respecté sur Romains, Moïse Lard note le dogmatisme irrationnel associé à ce point de vue :
« La doctrine extrême de la justification par la foi seule a tellement absorbé l’esprit des commentateurs depuis le XVIe siècle qu’il ne leur est jamais venu à l’esprit, même comme possibilité, que Paul n’écrivait peut-être pas exclusivement pour eux. Ils l’ont considéré comme certainement de leur ordre et, en conséquence, l’ont transformé en partisan, seulement plus partisan qu’eux. Le résultat est qu’en de nombreux endroits, leurs œuvres sont une complète perversion de la vérité, et non une exposition de celle-ci. »2
En réalité, Romains oppose d’une part la notion juive dominante selon laquelle ils pouvaient être sauvés sur la base de leur lien charnel avec Abraham et la loi de Moïse seule (une loi qui leur avait été donnée exclusivement), et d’autre part la seule nécessité d’obéir à Christ et à l’Évangile. Romains souligne le salut par la foi et non par la chair. Le terme « œuvres » n’inclut pas les actions que Dieu demande aux humains (comme le baptême d’eau). Le baptême n’est pas une « œuvre » au sens du terme utilisé dans Romains. Au contraire, le contexte de Romains indique que les « œuvres » désignent les actions que les Juifs prétendaient leur permettre d’être acceptables à Dieu sans devenir chrétiens – circonstances liées aux avantages qu’ils tiraient de leur ethnicité et de leur lien de longue date avec Abraham.
De plus, l’essence de la « foi » dans Romains (et dans toute la Bible) est la confiance accompagnée de l’obéissance aux directives de Dieu – ce que Jacques décrit comme une foi vivante, par opposition à une foi morte (Jacques 2:17,26). Les actions humaines que Dieu exige avant d’accorder des dons physiques ou spirituels ne sont pas considérées par Lui comme des œuvres méritoires par lesquelles une personne gagne ou mérite le don qu’Il fournit. Au contraire, elles sont données par Dieu comme des conditions.
Le salut est un don entièrement gratuit de Dieu, dans le sens où Il a lui-même prévu le moyen de pardonner les humains sans aucune participation de leur part. En fait, Dieu a décidé de fournir un moyen d’expiation pour le péché humain avant même de créer le premier être humain. Jésus viendrait (et est venu) s’offrir lui-même comme sacrifice pour le péché sans que les humains aient à faire quoi que ce soit pour l’obtenir (Romains 3:25). Cette décision était une intention éternelle (Éphésiens 3:11). En effet, Jésus est « l’Agneau immolé dès la fondation du monde » (Apocalypse 13:8). Aucun humain ne peut accomplir des actes de mérite légal par lesquels il peut se sauver lui-même ou expier son propre péché.
D’autre part, le salut est « conditionnel » dans le sens où Dieu exige l’exercice de la volonté humaine pour le recevoir. L’esprit et le corps doivent être impliqués. La foi elle-même est une telle action, un « œuvre » que l’homme doit accomplir pour être agréable à Dieu (Jean 6:29). En ce sens, le Nouveau Testament déclare avec force que vous pouvez – et devez-vous sauver vous-même (voir Actes 2:40 ; Philippiens 2:12).
Le Saint-Esprit a établi cette définition de la foi dans le livre des Romains, au début comme à la fin. La phrase grecque qu’il a inspirée à Paul à utiliser dans 1:5 et 16:26 est hupakoein pisteos – « foi obéissante » ou l’obéissance que la foi manifeste ou exprime. Dans sa grammaire grecque respectée, le spécialiste baptiste A.T. Robertson a insisté sur le fait que la phrase doit être comprise comme un « génitif subjectif »3 – « l’obéissance qui vient de la foi »4 – plutôt qu’un « génitif objectif » signifiant « obéissance à la foi ». La phrase, en fait, caractérise et clarifie le sens de « foi » tel qu’il est utilisé dans Romains.
Plusieurs autorités grecques sont d’accord avec cette évaluation. Dans la dernière édition du lexique grec « BDAG » récemment révisé par Frederick Danker, après avoir noté le sens du génitif objectif, l’auteur déclare : « Mais il peut être préférable de le rendre plus généralement dans le sens de (promouvoir) l’obéissance qui vient de la foi. »5 Écrivant dans The Expository Times, Geoffrey H. Parke-Taylor du Wycliffe College a commenté spécifiquement la phrase grecque en Romains 1:5 et 16:26 :
« Certainement, dans les deux cas, on entend par là “l’obéissance qui vient de la foi”, πίστεως étant un génitif de source ou de matière…. Si “la foi” (c’est-à-dire un corps de doctrine formulée) avait été prévue, l’article défini aurait sans doute été utilisé…. L’accent est mis sur l’obéissance à Dieu qui vient comme résultat de la foi en Christ…. Christ n’était pas seulement l’exemple pour les chrétiens gentils de l’obéissance parfaite qui vient d’une foi parfaite, mais aussi la source de puissance par laquelle l’obéissance à Dieu pouvait être réalisée dans leurs propres vies. »6
Dans son ouvrage « A Short Syntax of New Testament Greek », H.P.V. Nunn parle du « génitif de source ou de matière » et donne comme exemple « la justice de la foi (c’est-à-dire, qui vient de la foi) »7 – une expression parallèle à « l’obéissance de la foi ». Le respecté commentateur J.B. Lightfoot interprète cette phrase comme signifiant « pour une obéissance qui vient de la foi »8. Dans ses « Word Studies in the Testament », Marvin Vincent affirme : « L’obéissance de la foi est l’obéissance qui caractérise et procède de la foi »9.
Bien que les grammairiens grecs soient largement d’accord sur la question, les traducteurs ont eu du mal avec cette phrase et ont envoyé des signaux contradictoires à leurs lecteurs anglais. Par exemple, la KJV traduit la première occurrence de la phrase dans Romains (1 :5) par « pour l’obéissance à la foi parmi toutes les nations », et dans la deuxième occurrence (16 :26) par « rendue connue à toutes les nations pour l’obéissance de la foi » – bien que la phrase soit la même dans les deux versets. La bible NKJV utilise « pour l’obéissance à la foi » dans les deux versets. La version ASV utilise « pour l’obéissance de la foi » dans les deux versets. La version NASB utilise « pour produire l’obéissance de la foi » en 1 :5 (comme la ESV dans les deux versets) et « menant à l’obéissance de la foi » en 16 :26. La version RSV utilise « pour produire l’obéissance de la foi » dans les deux versets. La bible NIV utilise « à l’obéissance qui vient de la foi » en 1 :5 et « afin que toutes les nations croient et lui obéissent » en 16 :26. Bien que recourant quelque peu à la paraphrase, les traductions de la version NIV capturent pleinement les nuances de la phrase. Fait intéressant, la Complete Jewish Bible traduit la phrase par « obéissance fondée sur la confiance ». L’International Standard Version (ISV) utilise « obéissance fidèle » en 1 :5 et « l’obéissance qui vient de la foi » en 16 :26. La Jubilee Bible 2000 (JUB) utilise « afin qu’ils entendent et obéissent par la foi » en 16 :26. La God’s Word Translation utilise « l’obéissance associée à la foi ».10 La traduction The Voice utilise « obéissance fidèle » en 1 :5 et « obéissance pleine de foi » en 16 :26, tandis que la Message Bible (MSG) utilise « confiance obéissante » en 1 :5 et « croyance obéissante » en 16 :26.
La foi dans le livre des Romains inclut l’obéissance à des actes externes précédant le pardon. Ou comme le lexicographe grec Joseph Thayer a expliqué le sens de pisteuo (« je crois ») : « Utilisé particulièrement de la foi par laquelle un homme embrasse Jésus, c’est-à-dire, une conviction, pleine de confiance joyeuse, que Jésus est le Messie – l’auteur divinement désigné du salut éternel dans le royaume de Dieu, conjuguée à l’obéissance à Christ »11. Pas étonnant que Paul utilise à plusieurs reprises les mots « obéissance » (1 :5 ; 5 :19 ; 6 :16 ; 16 :19, 26) et « obéir » (2 :8 – deux fois ; 6 :12 ; 6 :16 – deux fois).
S’opposant radicalement à Paul, le la croyance religieuse moderne insiste sur le fait que la foi n’inclut aucun autre acte d’obéissance ; il suffit plutôt d’« accepter Jésus comme Sauveur » en disant : « Je te reçois dans mon cœur comme mon Sauveur personnel ». Par conséquent, le baptême d’eau est considéré comme non essentiel au salut. Le Saint-Esprit a anticipé cette conclusion injustifiée, non seulement en soulignant l’importance essentielle du baptême d’eau en 6 :3-4, mais aussi en plaçant deux « drapeaux rouges » – l’un au début (1 :5) et l’autre à la fin (16 :26) de ce merveilleux traité. Ces majestueuses sentinelles avertissent essentiellement les lecteurs de la nature et du sens de la « foi » qui caractérise le livre des Romains.
Note du traducteur
Ci-après les définirions des abréviations des bibles anglaises qui ont été utilisées dans cet article :
- KJV (King James Version): La version la plus ancienne et la plus connue des Bibles en anglais. Elle a été traduite au 17ème siècle et est considérée comme un texte littéraire classique.
- NKJV (New King James Version): Une révision moderne de la KJV, conservant le style et la beauté littéraire de l’original tout en mettant à jour le langage pour une meilleure compréhension.
- NASB (New American Standard Bible): Une traduction littérale mot à mot, cherchant à rendre le texte grec et hébreu le plus fidèlement possible en anglais moderne. Elle est appréciée pour sa précision.
- ASV (American Standard Version): Un prédécesseur de la NASB, elle a été influente dans le mouvement évangélique au 19ème siècle.
- ESV (English Standard Version): Une traduction récente, cherchant à combiner la précision de la NASB avec la lisibilité de la NIV.
- NIV (New International Version): L’une des traductions les plus populaires, elle vise à rendre le texte biblique clair et facile à comprendre pour un public contemporain.
- RSV (Revised Standard Version): Une révision de la KJV, publiée au milieu du 20ème siècle, elle est considérée comme une traduction savante et précise.
- ISV (International Standard Version): Une traduction moderne, cherchant à être à la fois précise et lisible, tout en utilisant un langage clair et contemporain.
- JUB (Jubilee Bible 2000): Une traduction récente, cherchant à restaurer le “nom divin” de Dieu dans le texte biblique.
- MSG (The Message): Une traduction contemporaine et paraphrasée, qui cherche à rendre le message biblique accessible à un public large.
- GWT (God’s Word Translation): Une traduction récente, cherchant à être à la fois fidèle au texte original et facile à comprendre pour un public moderne.
Références bibliographiques
1 These activities included “hail Marys,” indulgences, assigned penance, gifts to build cathedrals, Stations of the Cross, etc.
2 Moses Lard (1875), Commentary on Paul’s Letter to Romans (Lexington, KY: Transylvania Printing and Publishing), p. v.
3 A.T. Robertson (1919), A Grammar of the Greek New Testament in the Light of Historical Research (New York: George Doran), p. 500.
4 A.T. Robertson (1931), Word Pictures in the New Testament (Nashville, TN: Broadman Press), 4:324.
5 Fredrick William Danker (2000), A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (Chicago, IL: University of Chicago), third edition, p. 1028.
6 Geoffrey H. Parke-Taylor (1944), “A Note on ‘e) in Romans i.5 and xvi.26,” The Expository Times, 55:305-306, emp. added. He cites Acts 6:7 and Romans 10:8 as instances where the article indicates “the faith.”
7 H.P.V. Nunn (1912), A Short Syntax of New Testament Greek (Cambridge: Cambridge University Press), p. 42.
8 J.B. Lightfoot (1895), Notes on Epistles of Paul from Unpublished Commentaries (London: Macmillan), p. 246.
9 Marvin Vincent (1946), Word Studies in the New Testament (Grand Rapids, MI: Eerdmans), 3:5. See also W.E. Vine (1966), An Expository Dictionary of New Testament Words (Old Tappan, NJ: Fleming H. Revell), p. 123, who also takes the phrase as a subjective genitive and identifies “faith” as “the initial act of obedience.”
10 Also the Names of God Bible (NOG).
11 Joseph Thayer (1977 reprint), Greek-English Lexicon of the New Testament (Grand Rapids, MI: Baker), p. 511, italics in orig., emp. added.
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