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Le baptême et le geôlier de Philippes

NB : Les référence bibliques sont tirées de la version Louis Segond, version revue 2020 par les Éditions du Centre d’Enseignement Biblique, Éditions C. E. B. 4806 Trousdale Dr, Nashville, TN 37220 USA

La plupart des chrétiens ont décidé que le baptême d’eau n’est ni une condition préalable ni nécessaire au salut. Fortement influencés par la Réforme protestante, les gens se sont convaincu que le pardon des péchés par le sang du Christ est obtenu au moment précis où une personne « croit » – ce qui signifie, selon eux, lorsqu’une personne « accepte » mentalement Christ comme Seigneur et Sauveur. Pour eux, l’acte extérieur du baptême d’eau n’est qu’un « symbole » ou un « insigne » extérieur postérieur qui « déclare » le salut déjà assuré du chrétien. Un passage souvent utilisé pour soutenir cette pensée est le récit de la conversion du geôlier romain à Philippes (Actes 16). Cependant, une étude attentive de tout l’épisode mène à une conclusion tout à fait différente.

Lorsqu’un tremblement de terre secoua la prison où Paul et Silas étaient enchaînés, le geôlier supposa que ses prisonniers s’étaient échappés. Considérant que la loi romaine aurait exigé la mort du geôlier comme punition pour l’évasion des prisonniers qui lui avaient été confiés (voir Ramsay, 1897, p. 222 ; cf. Actes 12:19), il dégaina son épée et était sur le point de se suicider. Mais Paul cria fort, encourageant le geôlier à ne pas se faire de mal, le rassurant qu’aucun prisonnier ne s’était échappé. Demandant de la lumière, il entra dans la prison et tomba tremblant devant Paul et Silas. Puis, les ayant fait sortir de la prison, le geôlier demanda à Paul et Silas : « Messieurs, que dois-je faire pour être sauvé ? » (Actes 16:30).

Que voulait dire le geôlier par cette déclaration ? En tant que païen Romain (cf. Alford, 1980, 2:184), il avait sans doute été exposé toute sa vie à la mythologie gréco-romaine. Le christianisme n’avait été introduit en Macédoine que quelques jours auparavant, lors de l’arrivée de Paul à Philippes (16:12 ; cf. Ramsay, p. 215). Il est donc peu probable qu’il possédât plus qu’une compréhension superficielle de la notion chrétienne du salut du péché. Mais des événements survenus dans les jours précédant sa conversion peuvent expliquer la question du geôlier.

Or, il arriva que, comme nous allions à la prière, une certaine servante possédée d’un esprit de divination nous rencontra, qui apportait beaucoup de profit à ses maîtres par la divination. Cette fille suivit Paul et nous, et s’écria : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très Haut, qui nous annoncent le chemin du salut. » Et cela, elle le fit pendant plusieurs jours (Actes 16:16-18, mis en gras par l’auteur).

On observe que le démon qui habitait la jeune fille annonça aux citoyens de Philippes pendant plusieurs jours que Paul et Silas étaient des représentants du seul vrai Dieu, et qu’ils possédaient l’information qui montrerait aux gens le chemin du salut. Selon toute probabilité, le geôlier aurait entendu cette déclaration soit de première main, soit par le biais de rapports d’amis, de voisins, de parents ou d’autres habitants de la ville.

Lorsque Paul parvint enfin à chasser le démon de la jeune fille, ses maîtres furieux s’en prirent à lui et à Silas, les traînèrent devant les magistrats de la ville et les soumirent à des procédures judiciaires qui les conduisirent finalement en prison où ils rencontrèrent le geôlier. Il n’est pas impossible que le geôlier ait été au courant de ces procédures, qui devaient certainement faire référence à leur prétendue identité de « serviteurs du Dieu Très Haut » possédant des informations sur « le chemin du salut ».

Un troisième moyen par lequel le geôlier aurait pu obtenir suffisamment d’informations pour expliquer la formulation de sa question apparaît au verset 25 : « Mais à minuit, Paul et Silas priaient et chantaient des hymnes à Dieu, et les prisonniers les écoutaient. » Le geôlier a très bien pu entendre les hymnes que Paul et Silas chantaient, des chants qui devaient inclure des références à Dieu, au Christ et au salut.

Ces trois circonstances peuvent expliquer la demande du geôlier d’être informé du salut, bien que sa compréhension en soit encore très fragmentaire. La réponse de Paul à la question du geôlier fut : « Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé, toi et ta famille » (verset 31). Que voulait dire Paul par cette déclaration ? S’il entendait ce que beaucoup de chrétiens pensent, c’est-à-dire si le geôlier connaissait déjà Jésus et si Paul l’exhortait simplement à croire (c’est-à-dire à « accepter Christ dans son cœur comme sauveur personnel »), alors on devrait s’attendre à ce que le texte fournisse la réponse du geôlier – quelque chose du genre : le geôlier a accepté Jésus-Christ comme sauveur, ou il a cru en Jésus sur le champ et a été sauvé.

Cependant, contrairement à cela, le texte affirme : « Alors ils lui annoncèrent la parole du Seigneur » (verset 32). Pourquoi ? Paul ne venait-il pas de le faire en demandant au geôlier de croire ? Apparemment pas ! Paul écrira plus tard que « la foi vient de ce qu’on entend, … la parole de Dieu » (Romains 10:17). Le geôlier avait donc besoin d’informations supplémentaires pour comprendre ce que signifie croire en Jésus. Il s’ensuit que l’instruction « Crois au Seigneur Jésus-Christ » était simplement une déclaration générale et vaste destinée à détourner l’attachement religieux du geôlier envers les dieux païens de la mythologie gréco-romaine vers le véritable objet de la foi : Christ. C’était une manière de réorienter la pensée du geôlier en direction de Jésus, par opposition à ses croyances païennes. Mais dire simplement au geôlier (ou à quiconque aujourd’hui) de « croire en Jésus » ne fournit pas suffisamment d’informations sur la façon de croire. En d’autres termes, « croire en Jésus » implique plus que simplement affirmer dans son esprit que Jésus est Seigneur et Sauveur (un fait facilement admis même par Satan et les démons – Genèse 3:15 ; Matthieu 4:3,6 ; Luc 22:31 ; Hébreux 2:14 ; Jacques 2:19 ; Apocalypse 12:4 et la suite.).

Ce n’est qu’en annonçant la parole du Seigneur au geôlier qu’il put comprendre qui est Christ, ce qu’est le christianisme et la réponse appropriée à la Parole proclamée, c’est-à-dire ce que signifie « croire au Seigneur Jésus-Christ ». Puisque le geôlier ne pouvait être sauvé avant que Paul lui ait annoncé la Parole du Seigneur, observons la séquence des événements rapportés par le texte immédiatement après que la Parole lui eut été annoncée.

(1) Le geôlier prit Paul et Silas « cette même heure de la nuit et leur lava les plaies » (Actes 16:33). Voici une preuve de repentance (par exemple, Matthieu 3:8). Voici la preuve que le geôlier était convaincu par les informations qui lui avaient été données, au point de vouloir réparer les choses. C’est la repentance – un changement d’esprit entraînant des actions extérieures appropriées (Matthieu 21:29 ; 2 Corinthiens 7:10).

(2) Le texte déclare ensuite : « Aussitôt, lui et toute sa famille furent baptisés. » Trois aspects de cette phrase méritent attention.

Premièrement, si le baptême n’est pas nécessaire au salut, pourquoi en parler dans le contexte de la conversion du geôlier ? Pourquoi ne pas simplement passer au résultat de la conversion, c’est-à-dire indiquer qu’il était maintenant sauvé ? Si le baptême n’est pas essentiel, au lieu de lire : « Aussitôt, lui et toute sa famille furent baptisés », on s’attendrait à ce que le texte dise : « Aussitôt, lui et toute sa famille acceptèrent Jésus comme leur Sauveur personnel. »

Deuxièmement, d’où le geôlier a-t-il eu l’idée qu’il devait être baptisé ? Cela devait être inclus dans la « parole du Seigneur » que Paul lui avait adressée. Mais si le geôlier ne pouvait être sauvé avant que Paul lui ait « annoncé la parole du Seigneur », et si Paul avait inclus dans cette « parole du Seigneur » la doctrine du baptême, il s’ensuit que le salut du geôlier dépendait en partie du baptême.

Troisièmement, pourquoi « immédiatement » ? Beaucoup de chrétiens attendent une semaine, un mois ou plus avant de baptiser les croyants. Pourquoi le geôlier a-t-il été baptisé immédiatement au milieu de la nuit ? Cela implique que le baptême est plus crucial et plus urgent que beaucoup ne le pensent aujourd’hui.

(3) À ce stade du récit de Luc, nous apprenons que le geôlier a amené Paul et Silas chez lui, puis leur a préparé à manger. Ensuite, nous apprenons que le geôlier « se réjouit » (v. 34). À quel moment le texte indique-t-il que le geôlier a manifesté des signes de joie et de bonheur (qui suivent naturellement la conversion) : avant ou après le baptême ? Après le baptême ! En fait, chaque fois que la joie est explicitement mentionnée dans les récits de conversion des Actes, c’est toujours après le baptême (par exemple, 2 : 46 – « avec joie » ; 8 : 39 – « tout joyeux »).

(4) Tout ce qui précède nous amène à la conclusion que le baptême faisait partie intégrante de la conversion du geôlier et précédait son salut en tant qu’acte culminant. Mais l’argument décisif est le suivant. Examinez attentivement la phrase du verset 34 : « ayant cru en Dieu ». Voici une indication claire et explicite que le geôlier était maintenant un croyant sauvé. En grec, l’expression « ayant cru » (pepisteukos) est au parfait. Il n’y a pas de temps en français correspondant au parfait grec. Considérez l’explication suivante des grammairiens grecs Dana et Mantey.

Le parfait est le temps de l’action achevée. Sa signification fondamentale est le déroulement d’un acte ou d’un état jusqu’à un point culminant et l’existence des résultats finaux. Autrement dit, il considère l’action comme un produit fini. […] Cela implique un processus, mais considère ce processus comme ayant atteint son accomplissement et existant dans un état achevé (1927, p. 200, italiques ajoutées).

L’helléniste Ray Summers a proposé une autre explication utile du parfait grec :

« Il indique une action terminée avec un état résultant. L’accent principal est mis sur l’état résultant. Le parfait grec implique trois idées : une action en cours, son aboutissement à un point culminant, son existence comme résultat achevé. Ainsi, il implique un processus mais considère ce processus comme ayant atteint son accomplissement et existant dans un état achevé » (1950, p. 103, italiques dans l’original, mis en gras par l’auteur).

À la lumière de la portée du parfait grec, Luc soulignait que le geôlier a traversé un processus de plusieurs actions avant qu’il puisse être affirmé qu’il était en possession d’une foi qui mène au salut en Dieu. Sa croyance initiale, fruit de l’écoute de la Parole du Seigneur qui lui avait été prêchée, l’a conduit à la repentance (comme en témoigne son soin des blessures de Paul et Silas), puis a culminé dans son baptême d’eau, amenant ainsi sa foi à un résultat achevé. Ce n’est qu’à ce moment-là que le parfait grec pouvait être utilisé pour indiquer que le geôlier se trouvait désormais dans un état achevé de croyance.

Luc a pris soin de ne pas qualifier le geôlier de « croyant » tant que toutes les conditions préalables au salut n’avaient pas été remplies, amenant ainsi sa foi à son état final. Cette observation a été reconnue par R.J. Knowling, alors professeur d’exégèse du Nouveau Testament au King’s College de Londres : « Le mot pepisteukos, participe parfait, montre que cette plénitude de joie était causée par sa pleine profession de foi ; c’était la joie du Saint-Esprit qui suivit son baptême » (s.d., 2:353, italiques dans l’original, mis en gras par l’auteur).

Cette compréhension de la conversion du geôlier de Philippe s’accorde parfaitement avec les autres récits de conversion rapportés dans le livre des Actes (par exemple, Actes 2:38 ; 3:19 ; 8:12-13, 36-39 ; 9:18 ; 10:47-48 ; 16:15 ; 18:8 ; 19:5). Le Nouveau Testament identifie l’immersion dans l’eau comme le moment précis où Dieu purifie l’esprit pécheur du croyant repentant par le sang du Christ (cf. Actes 22:16 ; Romains 6:3-4).

Références bibliographiques

Dana, H.E. and Julius Mantey (1927), A Manual Grammar of the Greek New Testament (Toronto, Canada: Macmillan, 1957 reprint).

Knowling, R.J. (no date), The Expositor’s Greek Testament: The Acts of the Apostles, ed. W. Robertson Nicoll (Grand Rapids, MI: Eerdmans).

Ramsay, William (1897), St. Paul the Traveller and the Roman Citizen (Grand Rapids, MI: Baker, 1962 reprint).

Summers, Ray (1950), Essentials of New Testament Greek (Nashville, TN: Broadman).


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