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Dimanche et le Repas du Seigneur

NB : Les références bibliques sont tirées de la version Louis Segond, version revue 2020 par les Éditions du Centre d’Enseignement Biblique, Éditions C. E. B. 4806 Trousdale Dr, Nashville, TN 37220 USA

L’idée selon laquelle tous les êtres humains sont obligés de conformer leurs pensées et leurs actions à l’enseignement de Jésus-Christ n’est pas populaire de nos jours, même parmi les chrétiens. Beaucoup désirent se sentir spirituellement authentiques et agréables à Dieu, mais rare sont ceux qui pensent que l’acceptation par Dieu dépend de leur propre conformité à la loi divine. En fait, ceux qui exhortent les gens à être consciencieux dans le respect des détails de la Parole de Dieu sont qualifiés de « légalistes » (voir Miller, 2003). Bien sûr, cet esprit paradoxal est en contradiction directe avec le sens de la Bible du début à la fin. Dieu s’est toujours attendu à ce que les gens se conforment à Ses prescriptions (Ecclésiaste 12:13). Une réponse humaine obéissante est une manifestation de son amour (Jean 14:15 ; Jean 15:14 ; 1 Jean 5:3).

Le Nouveau Testament fournit des informations spécifiques concernant le « quoi, quand, comment et pourquoi » de l’observance du Repas du Seigneur. Néanmoins, la plupart des chrétiens n’accordent aucune importance à la fréquence. Pour eux, on peut participer au Repas du Seigneur une fois par mois, par trimestre ou par an. Cependant, les Écritures sont en contradiction avec cette pensée (Brownlow, 1945, pp. 168-175). Le point de vue biblique est que Dieu veut que l’Église observe le Repas du Seigneur tous les premiers jours de la semaine, c’est-à-dire tous les dimanches. Une innovation plus récente est l’insistance selon laquelle le Repas du Seigneur peut être observé d’autres jours de la semaine que le dimanche (par exemple, Atchley, 1989 ; Hood, 1990, p. 15 ; Mayeux, 1989, 46:6). Mais que dit la Bible ?

Considérations préliminaires

Peu avant sa mort, Jésus a observé la fête juive des pains sans levain. Ce faisant, Il a institué le Repas du Seigneur (1 Corinthiens 11:20) et a dit à ses disciples que cette « communion » (1 Corinthiens 10:16) serait observé dans le royaume (Matthieu 26:29). Le pain et le fruit de la vigne devaient servir de symboles pour le corps et le sang de Jésus qui seraient bientôt offerts sur la croix en sacrifice pour le monde. Quand cette pratique de l’observance du Repas du Seigneur doit-elle être faite ? Le dimanche ? Tous les dimanches ? Seulement le dimanche ?

Une considération clé est la pratique de l’Église primitive sous la direction des apôtres. Après tout, Jésus a spécifiquement prédit qu’après son départ de la Terre, le Saint-Esprit permettrait aux apôtres de mettre en œuvre les enseignements du Christ par l’établissement de l’Église et le lancement de la religion chrétienne (Jean 14:25-26 ; 15:26-27 ; 16:7-15). Juste avant son ascension, Il a chargé les apôtres de prêcher l’Évangile (Matthieu 28:18-20 ; Marc 16:15-16). Par conséquent, le Nouveau Testament rapporte ce que les premiers chrétiens et les premières Églises ont pratiqué directement en raison des enseignements du Christ transmis par les apôtres. La manière dont les Églises ont observé le Repas du Seigneur, à partir du livre des Actes, est incontestablement le reflet de l’influence apostolique et d’un précédent inspiré. Comme McGarvey l’a bien noté :

« Il est évident que le Seigneur, qui a institué des ordonnances à observer dans l’Église, connaissait la manière précise de les observer qui permettrait le mieux d’atteindre les fins spirituelles visées ; et par conséquent, toute âme loyale se sent poussée à les préserver, exactement de la manière dont cela était fait lors de leur première institution, lorsque cela peut être vérifié… Notre seule sécurité… se trouve dans le fait de nous conformer précisément au modèle institué par l’autorité divine (1910, pp. 342-343). »

Un deuxième facteur clé concerne l’importance du dimanche. Le Nouveau Testament attribue-t-il une signification particulière au dimanche ? On ne peut manquer de remarquer que la résurrection de Jésus eut lieu un dimanche (Marc 16:1 ; Luc 24:1 ; Jean 20:1). Après sa résurrection, Jésus rencontra ses disciples un dimanche (Jean 20:19, 26). La Pentecôte était une fête juive (Lévitique 23:15 et suivants), et c’est lors de cette fête, dix jours après l’ascension de Jésus, que l’Église fut fondée, un dimanche (voir McGarvey, 1892, p. 19 ; Brewer, 1941, pp. 325-326). Les églises du Nouveau Testament se réunissaient le dimanche (Actes 20:7 ; 1 Corinthiens 16:2). Elles célébraient le Repas du Seigneur ce jour-là (Actes 20:7). En accord avec Apocalypse 1:10, les premiers chrétiens commencèrent à appeler le dimanche « le jour du Seigneur » (Swete, 1911, p. 13). Comment même le lecteur le plus superficiel pourrait-il manquer cette répétition ? Sans aucun doute, le dimanche est imprégné d’une signification religieuse considérable.

Un autre facteur implicite est le silence total du Nouveau Testament en ce qui concerne la signification particulière du samedi (ou de tout autre jour). Outre le dimanche, le samedi est le seul autre jour qui suscite une confusion de taille au sujet d’un jour de signification religieuse. Cependant, l’observance du sabbat était incontestablement une caractéristique exclusive du judaïsme, et non du christianisme, bien que l’Église naissante était exclusivement juive et initialement réticente à abandonner la pratique mosaïque (Actes 11:19 ; 15:1, 5 ; 21:12). Il en va de même pour l’histoire de l’Église primitive. Bien que ce ne soit certainement pas le critère décisif pour les chrétiens du Nouveau Testament, l’histoire de l’Église primitive confirme qu’Actes 20:7 n’est pas une référence fortuite. La célébration du Repas du Seigneur le dimanche reflète la pratique générale tant des églises du premier siècle que des églises postérieures au premier siècle. Par exemple, la Didachè, écrite peu après la fin du premier siècle, parle des chrétiens qui se réunissent chaque jour du Seigneur et rompent le pain (9:1-12 ; 14:1). Justin Martyr écrit dans sa Première Apologie (ch. 67), vers 152 après J.-C., que les chrétiens se réunissent le dimanche et prennent la communion (ch. 67). Milligan a observé : « Il est évident que les premiers chrétiens avaient coutume de célébrer le Repas du Seigneur chaque premier jour de la semaine […] Au cours des deux premiers siècles, la pratique de la communion hebdomadaire fut universelle, et elle se poursuivit dans l’Église grecque jusqu’au VIIe siècle » (1975, p. 440). Johnson résume les données postérieures au premier siècle :

« Les premiers écrivains chrétiens, de Barnabé à Justin Martyr, Irénée, Clément d’Alexandrie, Origène et Cyprien, déclarent tous unanimement que l’Église observait le premier jour de la semaine. Ils sont également d’accord pour dire que le Repas du Seigneur était célébrée chaque semaine, le premier jour de la semaine » (1891, 1:505, mis en gras par l’auteur).

Un autre élément à considérer est la signification doctrinale qui relie étroitement le Repas du Seigneur et le dimanche. La mort et la résurrection de Jésus sont intimement liées à l’observance dominicale du Repas du Seigneur (1 Corinthiens 11 :26). On ne peut défendre une assemblée dominicale sans défendre également la communion dominicale. Dans Deutéronome 5 :12-15, le sabbat commémore l’Exode, la délivrance des Juifs de la servitude égyptienne. De même, le dimanche est le jour de délivrance du chrétien. Le Repas du Seigneur est associé à cette rédemption et à la nature même de l’Église. C’est un acte collectif qui doit donc être pratiqué par tous les membres lors de l’assemblée dominicale. Célébrer le Repas du Seigneur un autre jour en affaiblit la signification doctrinale (voir Ferguson, 1976, pp. 59-62). Comme Rex Turner l’a si éloquemment affirmé :

« Le premier jour de la semaine est le jour de la résurrection du Christ. C’est le plus grand jour de toute l’histoire. Quoi de plus approprié, par conséquent, que pour les disciples de s’assembler le jour de la résurrection du Christ, le premier jour de la semaine, pour rompre le pain et boire du fruit de la vigne en commémoration de la mort du Christ, de son sang expiatoire, de sa résurrection et de sa promesse de revenir ? Celui qui prétend que les chrétiens peuvent, avec la même justesse et autorité, participer au Repas du Seigneur un autre jour que le premier jour de la semaine n’a pas saisi la véritable signification de ce qui s’est passé ce certain premier jour de la semaine, et ne reconnaît pas que le premier jour de la semaine est le jour du Seigneur (Apocalypse 1 :10) » (1972, p. 80, mis en gras par l’auteur).

En fin de compte, la question de la fréquence de l’observance dépend des versets qui traitent spécifiquement du sujet. [NOTE : Pour un excellent traitement analytique des passages de l’Écriture qui touchent à la question du Repas du Seigneur, voir Warren, 1975, pp. 148-156.]

DES PASSAGES SPECIFIQUES

Actes 2:42, 46

Dans Actes 2:42, nous trouvons l’expression « fraction du pain ». L’expression grecque « rompre le pain » (klasai arton), traduction littérale de l’idiome hébreu (paras lechem), était une expression courante signifiant « prendre de la nourriture » (Bullinger, 1898, p. 839 ; Woods, 1976, p. 67 ; Harris, et al., 1980, 2:736 ; Gesenius, 1847, p. 690 ; Moule, 1961, p. 25 ; Behm, 1965, 3:729). L’expression s’est développé à partir du fait que les Hébreux cuisaient leur pain sous la forme de gâteaux plats, ronds et minces (plutôt que de pains) qui se prêtaient plus à la rupture qu’à la coupe. (Bullinger, p. 839 ; McClintock et Strong, 1867, 1:882). L’expression est clairement visible dans Ésaïe 58:7, Jérémie 16:7 et Lamentations 4:4. Les Américains utilisent une expression similaire lorsqu’ils disent « manger un morceau ». Cependant, les figures de style ont souvent un « double emploi » en développant des significations supplémentaires. De la signification idiomatique de manger un repas est venu un usage plus technique de l’expression dans l’Écriture. Puisque le Seigneur prit du pain et, conformément à la pratique juive où le père de famille préparait le pain pour la distribution à la famille (voir Arndt et Gingrich, 1957, p. 434 ; Rackham, 1901, p. 37 ; Behm, 1964, 1:477), l’a apparemment rompu en morceaux (Matthieu 26:26 ; Marc 14:22 ; Luc 22:19 ; 1 Corinthiens 1:24), « rompre le pain » est parfois utilisé dans l’Écriture pour désigner le Repas du Seigneur (voir Behm, 1965, 3:730 ; Klappert, 1976, 2:530 ; Reese, 1976, pp. 83, 734). On ne peut pas supposer que chaque occurrence de l’expression fait référence au Repas du Seigneur. Le contexte doit déterminer s’il s’agit d’un repas commun ou du Repas du Seigneur (voir tableau).

Rompre (fraction) au sens LittéralRompre (fraction) au sens Figuré
Repas CommunMatt. 14:19; 15:36 Marc 6:41; 8:6,19 Luc 9:16; 24:30 Actes 27:35Luc 24:35 Actes 2:46
Repas du SeigneurMatt. 26:26 Marc 14:22 Luke 22:19 1 Cor. 11:24Actes 2:42 Actes 20:7,11

Les indicateurs contextuels dans Actes 2:42 qui permettent de déterminer le sens du Repas du Seigneur incluent l’utilisation de l’article « le » (en grec), indiquant qu’un événement particulier, par opposition à un repas commun, est envisagé (cf. 1 Corinthiens 10:16 ; Nicoll, s.d., 2:95). Le verset pourrait être traduit ainsi : « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières ». Luc parle clairement des activités cultuelles formelles des chrétiens.  

Deuxièmement, « la fraction du pain » est mentionnée parmi d’autres activités incontestablement religieuses de l’Église : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle et la prière.

Troisièmement, l’expression « persévéraient » (temps imparfait) indique une pratique habituelle et continue, bien que la fréquence exacte ne soit pas précisée dans ce contexte. Il faut se tourner vers d’autres passages pour déterminer une fréquence spécifique. Cependant, ce passage montre clairement que l’Église primitive célébrait ce repas plus fréquemment qu’annuellement, puisqu’une année ne s’était pas écoulée depuis la fondation de l’Église et qu’ils participaient déjà « constamment » au culte.

La « fraction du pain » est à nouveau mentionnée quatre versets plus loin. Là encore, le contexte doit indiquer s’il s’agit du Repas du Seigneur ou de simples repas communs. Arndt et Gingrich attirent l’attention sur l’utilisation de la particule enclitique « te », qui apparaît très fréquemment dans le Nouveau Testament, en particulier dans le livre des Actes. Elle apparaît deux fois en Actes 2:46 pour exprimer l’idée de « non seulement… mais aussi » (1957, p. 807 ; cf. Robertson, 1934, p. 1179 : « Mais tete est strictement corrélatif »). Thayer dit que ce terme est une petite particule qui se colle à un mot pour montrer un lien étroit avec ce qui précède. Ainsi, l’utilisation double du terme dans la même phrase, comme en Actes 2:46, présente des idées parallèles ou coordonnées – « comme… ainsi » (Thayer, 1901, pp. 616-617 ; Blass, et al., 1961, p. 230). Par conséquent, l’utilisation de la conjonction corrélative (te) au verset 46 marque une rupture de pensée – un contraste – pour éviter l’impression que les disciples sont restés au temple 24 heures sur 24. Luc voulait exprimer l’idée que les disciples étaient rassemblés presque constamment au temple après les événements mémorables de la Pentecôte, sans doute dans le but de ne pas rater les formidables activités spirituelles liées à la fondation de l’Église. Cependant, ils retournaient chez eux pour prendre les repas ordinaires.  Jamieson et al, disent la même chose : « en privé, par contraste avec leur culte au temple » (1871, p. 176, italiques dans l’original).

L’idée parallèle véhiculée par la double utilisation du terme grec “te“, évidente dans tout le contexte, est l’unité ou la communion dont jouissaient les disciples. Tout en participant ensemble à leurs activités religieuses, ils poursuivaient également leur unité dans leurs actes non religieux de solidarité communautaire. Les versions anglaises qui saisissent les nuances grammaticales du verset incluent la NIV : « Chaque jour, ils continuaient à se réunir dans les cours du temple. Ils rompaient du pain chez eux et mangeaient ensemble avec joie et sincérité de cœur. » Notez que l’allusion à la réunion dans les cours du temple se termine par un point. La phrase suivante exprime une idée distincte concernant le partage de repas communs dans leurs foyers. La version ASV traduit le verset : « Et jour après jour, ils persévérant unanimement dans le temple, et rompant du pain à la maison, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. » La réunion quotidienne au temple était une pratique distincte de celle de rompre le pain à la maison, où ils mangeaient leurs repas avec joie. Barnes a noté que : « L’expression ‘mangeaient leur viande’ semble impliquer que cela fait référence à leurs repas communs et non au Repas du Seigneur » (1847, p. 59, mis en gras par l’auteur). « Rompre le pain » (v. 46) fait donc référence, non au Repas du Seigneur, mais à des repas communs. Le terme « nourriture » (trophe ; cf. « viande », KJV), jamais utilisé pour désigner le Repas du Seigneur, explique l’expression « rompre le pain » – une preuve supplémentaire qu’un repas commun est envisagé (Jackson, 1991, p. 3).

Afin de prouver qu’Actes 2:46 fait référence à l’observation quotidienne du Repas du Seigneur, il faudrait à la fois connaître et prouver deux points impossibles à prouver : (1) que « quotidiennement » est un modificateur temporel adverbial qui modifie nécessairement la phrase « rompre le pain à la maison », et (2) que la phrase « rompre le pain à la maison » fait spécifiquement et exclusivement référence au Repas du Seigneur (Warren, 1975, p. 151). Il faudrait connaître ces deux éléments avant de pouvoir conclure que Dieu conditionne la participation au Repas du Seigneur un jour autre que le dimanche. Mais on ne peut connaître ni prouver ces deux cas. En effet, les preuves grammaticales s’y opposent. Actes 2:46 ne fournit aucune autorité ni preuve pour justifier la conclusion que l’église peut participer au Repas du Seigneur un jour autre que le dimanche.

Actes 20:7

Actes 20:7 révèle des informations cruciales sur l’observance du Repas du Seigneur par l’Église primitive. Ni ce passage ni aucun autre ne suggère un quelconque lien entre les « nombreuses lampes », la « chambre haute » (verset 8) ou le « troisième étage » (verset 9) et le Repas du Seigneur. Ainsi, l’emplacement et les accessoires (nombre de plateaux ou de coupes) sont des détails secondaires. En tant que tels, ils sont toujours facultatifs (Warren, 1975, p. 140). D’autres éléments contextuels aident à définir les paramètres du passage.

Premièrement, l’expression « rompre le pain » est un infinitif présent actif en grec. En grec comme en français, les infinitifs indiquent le but de l’action du verbe principal (Summers, 1950, p. 132 ; Dana et Mantey, 1927, p. 214). Le verbe du verset est « se réunirent ». Le but principal de l’assemblée était donc de participer au Repas du Seigneur. Cette conclusion est également implicite dans le reproche de Paul aux Corinthiens : « C’est pourquoi, lorsque vous vous réunissez, ce n’est pas pour manger le Repas du Seigneur » (1 Corinthiens 11:20). Alexander Campbell a souligné que les paroles de Paul montrent que la participation au Repas du Seigneur était « l’objectif principal des réunions » (1972, p. 32). Il faut bien observer que, tout comme le but de l’assemblée est clairement déclaré comme étant la participation au Repas du Seigneur, le texte affirme explicitement que cet acte avait lieu le premier jour de la semaine.

NB : Pour une discussion sur le grec sous-jacent qui authentifie la traduction « premier jour de la semaine », voir McGarvey, 1910, pp. 306-307.]

Deuxièmement, Luc utilise « lorsque » comme un dispositif stylistique pour désigner une procédure régulière que le lecteur doit connaître et comprendre (voir Dungan, 1891, 1:245-246 ; Gibson, 1990, pp. 4-5). La clause introduite par le mot « lorsque » constitue un commentaire secondaire de Luc destiné à signaler un événement bien connu et totalement attendu. L’importance de cette caractéristique est illustrée par la paraphrase suivante : « Or, le premier jour de la semaine – que tout le monde reconnaît comme étant le jour même où les chrétiens se réunissent pour célébrer le Repas du Seigneur – Paul, prêt à partir le lendemain, leur parlait… ». Un parallèle dans la culture américaine peut être trouvé dans la déclaration : « Le quatre juillet, jour où les Américains célèbrent la naissance de leur pays, le président a prononcé un discours vibrant à la nation » (cf. Nichol et Whiteside, 1920, 1:171). Le point principal sur lequel Luc voulait insister était la prédication de Paul qui dura jusqu’à minuit. Cependant, en subordonnant une action supplémentaire dans une clause distincte, introduite par « lorsque », Luc montre qu’il faisait référence à ce qui était reconnu comme un protocole standard parmi les chrétiens : l’observance dominicale du Repas du Seigneur.

En effet, nous devons nous rappeler que 1 Corinthiens avait été écrit précédemment, et que la référence au « premier jour de la semaine » pour la collecte des offrandes se connecte naturellement à la déclaration ici est une preuve que ce jour avait été marqué par l’Église chrétienne comme un jour spécial pour le culte public et pour « la fraction du pain » (Nicoll, s.d., 2:424, mis en gras par l’auteur).

Troisièmement, Paul passa une semaine entière à Troas, bien qu’il fût pressé et désireux de se rendre à Jérusalem (Actes 20:16). On ne retarderait pas un voyage pressé simplement pour partager un ou plusieurs repas ordinaires, ce qui aurait pu être fait n’importe quel jour durant ce délai. Il semble qu’il souhaitait rencontrer toute l’église lors de sa réunion pour le culte hebdomadaire formelle, une circonstance qu’il répéta à Tyr (Actes 21:4) et à Pouzzoles (Actes 28:14). Jamieson, Fausset et Brown expliquent le calendrier :

« Arrivés un lundi, ils restèrent au-delà du sabbat juif et du jour du Seigneur suivant ; s’occupant sans doute à rafraîchir et à renforcer la communion avec les frères pendant l’intervalle… Cela… indique clairement que l’observance chrétienne du jour par la suite explicitement appelé « le jour du Seigneur » était déjà une pratique établie des églises » (1871, p. 208, mis en gras par l’auteur).

Samedi soir ou dimanche soir ?

Il est évident d’après le texte qu’en cette occasion, les disciples se réunirent le soir. Puisqu’il nous est dit qu’ils se sont réunis « le premier jour de la semaine », la question demeure de savoir s’il s’agissait de notre samedi soir ou de notre dimanche soir. La réponse dépend du calcul du temps au premier siècle, spécifiquement si Luc utilise le temps juif ou romain. Les informations contextuelles suivantes permettront de résoudre cette question.

Jours et Heures

Au cours de l’histoire, les gens ont compté les heures et les jours différemment, en fonction de leurs cultures. Le terme « jour » possède diverses significations selon les cultures, y compris dans la Bible. La rotation complète de la Terre sur son axe en 24 heures correspond à une définition du « jour », soit un jour solaire ou astronomique. Cependant, le point de départ du calcul de cette seule révolution a varié d’une culture à l’autre. Les spécialistes s’accordent généralement sur le fait que les Babyloniens comptaient leurs jours du lever au lever du soleil, les Ombriens de midi à midi, les Athéniens et les Hébreux du coucher au coucher du soleil, et les Égyptiens et les Romains de minuit à minuit (Pline, 1855, 2.79.77 ; Smith, 1868, 1:567 ; Hasel, 1979b, 1:878 ; Anthon, 1843, p. 361). L’Europe, l’Amérique et la civilisation occidentale ont généralement adopté le système de temps romain.

Dans toute la Bible, les Juifs commençaient leur jour le soir, comme stipulé par la Loi de Moïse dans l’expression « du soir au soir » (Lévitique 23:32 ; cf. Exode 12:18). Ainsi, pour les Juifs, le sabbat (samedi) commençait au coucher du soleil (environ 18 heures) de ce que nous appelons le vendredi soir. Leur sabbat (samedi) se terminait vers 18 heures de notre samedi soir, et leur dimanche commençait à ce moment-là (voir aussi Néhémie 13:19 ; Psaume 55:17 ; cf. ereb boqer [soir-matin] dans Daniel 8:14). Étant donné que l’Église primitive était entièrement composée de Juifs et que ces derniers étaient dispersés en dehors de la Palestine à travers l’Empire romain, « les premières Églises… suivaient souvent la coutume juive » (Johnson, 1891, 1:506) de calcul du temps.

Une autre signification du mot « jour » correspond à notre mot « journée ». L’expression « nuit et jour » (Marc 5:5) désigne les parties sombre et lumineuse d’une seule journée de 24 heures, le mot « jour » faisant référence à seulement la moitié de la journée de 24 heures (Gibbs, 1982, 2:769 ; Hasel, 1979a, 1:877 ; Anthon, pp. 362,507). Jésus a précisé cette signification lorsqu’il a demandé : « N’y a-t-il pas douze heures dans le jour ? » (Jean 11:9, mis en gras par l’auteur). Il utilisait le mot « jour » pour désigner les heures de lumière du jour par opposition à la nuit. Luc utilise le terme de la même manière. Dans Actes 16:35, il écrit : « Le lendemain, les magistrats envoyèrent les huissiers, disant : ‘Lâchez ces hommes-là !’ » Il veut dire « quand il fit jour », puisque les événements qui ont précédé sa déclaration se sont produits après minuit (v. 25).

Les Juifs de l’époque de Jésus divisaient la partie diurne du « jour » en unités encore plus petites, soit quatre unités de trois heures chacune commençant vers 6 heures du matin (Hasel, 1979b, 1:878 ; Robinson, 1881, p. 338 ; Robertson, 1922, p. 284). Ce mode imprègne le Nouveau Testament. Les ténèbres qui prévalurent pendant la crucifixion du Christ « depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième heure » (Matthieu 27:45 ; cf. Marc 15:33) correspondent à notre midi à 15 heures. Bien que Luc fût probablement un non-Juif et que le destinataire initial du livre, Théophile, fût très probablement également un Gentil, il est néanmoins évident que Luc a utilisé la méthode de calcul du temps juive – et non romaine – dans Luc et Actes. La « sixième heure » et la « neuvième heure » dans Luc 23:44 correspondent respectivement à midi et 15 heures. La « troisième heure du jour » dans Actes 2:15 fait référence à 9 heures du matin. La « sixième heure » dans Actes 10:9 est 12 heures. La « neuvième heure » dans Actes 3:1 et Actes 10:3,30 est 15 heures. Les traducteurs de la NIV étaient si certains de ce calcul qu’ils ont converti la « neuvième heure » en équivalent moderne pour aider le lecteur anglais : « Corneille répondit : ‘Il y a quatre jours, j’étais dans ma maison, priant à cette heure-là, à trois heures de l’après-midi’ » (Actes 10:30, mis en gras par l’auteur ; cf. v. 3). Même l’autorité romaine Claude Lysias « suivait la méthode juive de calcul du temps » (Jackson, 2005, p. 298) dans Actes 23:23 lorsqu’il faisait allusion à la « neuf heures du soir » (c’est-à-dire 21 heures). Remarquez que toutes les allusions de Luc aux jours et aux heures dans Actes présupposent un calcul du temps juif. [NB : Matthieu et Marc ont également suivi le temps juif, tandis que Jean – qui a écrit vers la fin du premier siècle – semble avoir suivi le temps romain (cf. Smith, 1869, 2:1102 ; Robertson, 1922, p. 285 ; Lockhart, 1901, p. 28 ; Brewer, 1941, pp. 330-331 ; McGarvey, 1892, 2:181-182).] Il en va de même pour les références de Luc aux saisons, comme Reese l’observe si judicieusement dans ses commentaires sur Actes 27:9 :

« Il convient de noter que Paul utilise ici le temps juif (comme il le fait dans Actes 20:16 ; 1 Corinthiens 16:8 ; et Actes 18:21, KJV) ; ou devrions-nous dire que Luc utilise le temps juif dans son récit de ce que Paul a dit ? Plutôt que de parler d’une navigation dangereuse des Ides de novembre aux Ides de mars, Luc utilise le moyen de calcul juif. En langage juif, la saison de navigation était calculée de la fête de Pâque à la fête des Tabernacles (cinq jours après le Jour du Grand Pardon) » (1976, p. 897, mis en gras par l’auteur).

De plus, il faut distinguer très soigneusement entre le sens de « période de 24 heures » et celui de « jour » au sens de « lumière du jour » dans l’emploi biblique du terme « jour ». Par exemple, Luc nous informe qu’Hérode fit exécuter Jacques et avait l’intention de faire de même avec Pierre : « Or, c’était pendant les jours des pains sans levain. Et ayant appréhendé Pierre, il le mit en prison, et le livra à quatre équipes de soldats pour le garder, ayant l’intention de le produire devant le peuple après la Pâque » (Actes 12:3-4, mis en gras par l’auteur).

La Pâque commençait notre vendredi soir vers 18 heures. Alors qu’il était en prison cette nuit-là (v. 6), Pierre fut libéré par un ange, se rendit chez Marie (v. 12) pour rapporter l’incident, puis alla ailleurs. Luc déclare ensuite : « Dès qu’il fit jour, il y eut un grand tumulte parmi les soldats au sujet de ce que Pierre était devenu » (v. 18, mis en gras par l’auteur). Le « jour » du verset 18 désigne la lumière du jour, c’est-à-dire le matin, et non un autre ou un deuxième jour.

Un autre exemple se trouve dans la remarque de Luc à propos des autorités juives : « Et ils leur mirent la main dessus [les apôtres – DM], et les gardèrent en prison jusqu’au lendemain, car il était déjà soir » (Actes 4:3, mis en gras par l’auteur). Remarquez que par « lendemain », Luc ne voulait pas faire référence à un jour différent, comme s’il disait que les apôtres avaient été arrêtés lundi mais gardés en prison jusqu’à mardi. Plutôt, utilisant le temps juif, Luc disait que les apôtres avaient été arrêtés à partir de 18 heures (« il était déjà soir ») un jour donné, puis gardés en prison jusqu’à la période de lumière du jour suivante, c’est-à-dire le lendemain matin du même jour. Pour illustrer, si les apôtres avaient été arrêtés après 18 heures un, disons, lundi, il était déjà mardi pour eux, et le « lendemain » au lever du soleil serait toujours mardi. [NB : Pour un autre exemple de cet usage du terme « jour », voir Actes 23, où Paul prononce sa défense devant le Sanhédrin (v. 1-10). Luc déclare ensuite : « Mais la nuit suivante, le Seigneur se tint près de lui… » (v. 11). La « nuit suivante » ne désigne pas la nuit du lendemain, mais plutôt les heures d’obscurité qui suivirent immédiatement la défense de Paul pendant les heures de lumière du jour (comme le reflète la traduction SBL : « Mais la nuit immédiatement suivante… »). Le verset 12 déclare ensuite : « Et quand il fit jour… » – faisant référence à la lumière du jour qui suivit la nuit du verset 11. Voir aussi Actes 23:31-32 ; 27:27-29.]

Cet usage linguistique entre en jeu dans Actes 20. Luc utilisant le calcul du temps juif (comme il le fait partout ailleurs dans Actes), les disciples se réunirent le soir de notre samedi – leur dimanche – Paul étant « prêt à partir le lendemain », c’est-à-dire le prochain jour de lumière, soit quelque temps après l’aube du lendemain matin, qui serait toujours leur (et notre) dimanche. Conybeare et Howson commentent : « C’était le soir qui succédait au sabbat juif. Le dimanche matin, le navire allait accoster » (1899, pp. 592-593).

On observe également que la méthode juive (par opposition à romaine) de calcul du temps est inhérente à la terminologie des passages ci-dessus, où douze heures séquentielles sont équivalentes à un « jour », c’est-à-dire à la lumière du jour. Roy Lanier, Sr. explique :

Mais calculer le jour de vingt-quatre heures de 18h à 18h est la seule façon d’obtenir douze heures de nuit et douze heures de jour dans cet ordre. Commencer la période à minuit donne approximativement six heures d’obscurité, puis douze heures de lumière, puis à nouveau six heures d’obscurité, dans cet ordre. Le jour biblique commençait par douze heures d’obscurité suivies de douze heures de lumière (1984, 2:108).

Acte 20 :11

Lorsque le culte fut interrompu par la chute d’Eutyche de la fenêtre supérieure, et que Paul le ressuscita miraculeusement, nous lisons au verset 11 : « Or, étant monté, ayant rompu le pain et mangé, et ayant beaucoup parlé jusqu’au jour, il partit ». Les commentateurs sont divisés quant au sens de « rompu le pain » dans ce verset. Certains insistent sur le fait que « rompu le pain » et « mangé » font référence à un repas commun (peut-être une « agape ») que les frères ont partagé avec Paul avant son départ. D’autres affirment que « rompu le pain » fait référence au Repas du Seigneur.

L’une des principales raisons d’égaler « rompu le pain » dans ce verset à la consommation du Repas du Seigneur est due à son lien avec la même expression utilisée précédemment au verset sept. Le grec place l’article devant « pain » au verset 11, c’est-à-dire « le pain », comme le reflètent à la fois les versions anglaises ASV et NASB. G.C. Brewer a conclu de cette caractéristique grammaticale : « Au verset 7, il nous est dit qu’ils se sont réunis pour rompre le pain, et au verset 11, il nous est dit qu’après l’interruption, ils sont remontés à la chambre haute et ont rompu le pain – ton arton » (p. 331). Brewer ne voulait pas dire que l’article précédant « pain » prouve automatiquement que le Repas du Seigneur est visé. Au contraire, son point de vue était que puisque le pain était mentionné dans le contexte (verset 7), et que cela, comme tout le monde l’admet, était le Repas du Seigneur, et qu’aucun autre pain n’était envisagé dans le passage, alors « le pain » au verset 11 ferait naturellement référence au pain mentionné précédemment. Si nous laissons le contexte expliquer quel pain est visé, nous ne pouvons douter qu’il s’agisse du Repas du Seigneur (p. 336, italiques dans l’original, mis en gras par l’auteur ; voir aussi Hackett, 1852, p. 283 ; cf. Johnson, 1891, 1:505).

Dans leur célèbre ouvrage Greek Grammar of the New Testament (Grammaire grecque du Nouveau Testament), Blass, Debrunner et Funk apportent un soutien supplémentaire à cette interprétation d’Actes 20:11, dans leur discussion sur l’utilisation de l’article avec les noms propres (1961, pp. 135-136). Ils notent que bien que les noms propres « ne prennent pas l’article en tant que tel », ils peuvent le faire en raison de « l’anaphore » (c’est-à-dire « l’utilisation d’une unité linguistique… pour faire référence à une autre unité » – American Heritage…, 2000, p. 65). En d’autres termes, si un nom propre est utilisé, arton (pain) au verset sept, et le même nom est utilisé par la suite dans le même contexte précédé de l’article, ton arton (le pain) au verset 11, la deuxième occurrence du nom fait généralement référence à la première occurrence. Blass et al., quant à eux, donnent des exemples de deux cas de ce type, tous deux également par Luc : (1) l’utilisation de l’article avec Saul (« le Saul ») en Actes 9:1 par rapport à la mention antérieure de lui en Actes 8:3 où l’article n’est pas utilisé, et (2) l’utilisation de l’article avec Damas (« le Damas ») en Actes 9:3 avec anaphore au verset deux où Damas apparaît sans l’article.

En utilisant quatre participes et un verbe au verset 11, Luc détaille cinq actions spécifiques qui suivirent la résurrection d’Eutyche. Dans la version ASV, ces actions sont : (1) monté (c’est-à-dire retourné au troisième étage), (2) rompu le pain, (3) mangé, (4) parlé longuement, et (5) parti. Remarquez attentivement que le terme « mangé » est une action participiale distincte de celle de rompre le pain. Il semblerait que « mangé » se réfère à un repas commun que Paul a pris après la commémoration du Repas du Seigneur. Guy N. Woods a commenté : « Nous croyons que la fraction du pain au verset 11 fait référence au Repas du Seigneur ; et que la mention du mot mangé suggère un repas commun » (Woods, 1976, p. 351, italiques dans l’original). Conybeare et Howson sont d’accord : « [Ils] ont célébré la fête eucharistique. L’acte de la Sainte Communion était combiné, comme c’était l’habitude à l’époque apostolique, avec un repas commun » (1899, p. 594). Ils ont en outre noté que « Quand il eut mangé, v. 11… est distingué en grec de la fraction du pain » (p. 594, note 3, italiques dans l’original ; voir aussi Robertson, 1930, 3:342 ; Jamieson, et al., 1871, p. 208). L’objection selon laquelle l’allusion à la fraction du pain est singulière et qu’elle ne peut donc pas se référer au Repas du Seigneur, puisque Paul n’aurait pas pris le Repas du Seigneur seul, n’a en réalité aucune force, car la même objection s’appliquerait à l’idée d’un repas commun. Paul aurait-il consommé un repas commun seul, surtout accompagné de plusieurs compagnons de voyage qui auraient eu autant besoin de nourriture avant de poursuivre le voyage avec Paul (cf. McGarvey, 1863, p. 249) ?

Compte tenu de l’utilisation du temps juif par Luc, il importe peu que le Repas du Seigneur ou un repas commun soit indiqué. Dans les deux cas, les disciples se sont réunis pour prendre le Repas du Seigneur « le premier jour de la semaine » – pas le samedi ni le lundi. Même les érudits qui ont tendance à croire que Luc a utilisé le temps romain, s’accordent néanmoins presque unanimement à affirmer que le Repas du Seigneur a été célébrée le dimanche – pas le lundi. Comme H. Leo Boles l’a affirmé : « S’ils ont mangé le Repas du Seigneur lundi, ils n’ont donc pas fait ce pour quoi ils se sont réunis le premier jour de la semaine » (1941, p. 319).

Il a également expliqué :

« Oui. Les Juifs et les Romains comptaient le temps différemment. Peu importe pour nous comment ils comptaient le temps. Nous avons un temps désigné comme le « premier jour de la semaine », et le peuple du Seigneur doit se réunir ce jour-là. Leur temps était divisé en jours, semaines, mois et années, comme le nôtre. Leurs semaines avaient un premier jour, et nos semaines ont un premier jour. Nous pouvons connaître le premier jour de notre semaine, et nous réunir pour adorer ce jour-là et recevoir la bénédiction de Dieu (1985, p. 112). »

Bien que DeWelt suppose un calcul juif, il a noté : « Nous pourrions remarquer que le Repas du Seigneur appelée ici la ‘fraction du pain’ a été prise le dimanche quel que soit le calcul du temps utilisé. Si vous comptez le temps du coucher du soleil au coucher du soleil (juif), c’était dimanche. Si de minuit à minuit (romain), c’était dimanche » (1958, p. 271, mis en gras par l’auteur).

DEUX OBJECTIONS

Certains prétendent que puisque les chrétiens juifs pouvaient célébrer le Repas du Seigneur le samedi soir, nous pouvons le faire également. Cependant, le samedi soir n’était pas le samedi soir pour un Juif ; c’était le dimanche ! Le moment où nous célébrons le Repas du Seigneur doit correspondre au calcul du temps propre à notre culture. Dieu attend des chrétiens qu’ils observent le Repas du Seigneur le premier jour de la semaine, quelle que soit la manière dont ce jour est calculé dans une société donnée. Il est absurde de dire que nous pouvons participer au Repas du Seigneur le samedi au Texas, puisqu’il est déjà dimanche en Australie à ce moment-là. Une personne vivant au Texas doit observer le Repas du Seigneur le dimanche, selon le calcul du dimanche au Texas. Sinon, la confusion n’aurait pas de fin, et l’importance accordée au dimanche dans le Nouveau Testament deviendrait essentiellement sans signification. Dieu tiendra chacun de nous responsable de l’observation du Repas du Seigneur le dimanche, selon le calcul de ce jour dans notre culture et notre emplacement géographique.

Une autre objection est l’affirmation que puisque Jésus a institué le Repas du Seigneur un jeudi – en la prenant lui-même avec ses disciples – nous pouvons y participer des jours autres que le dimanche. Il est vrai que Jésus a institué le Repas du Seigneur jeudi soir, le premier jour où les Juifs commençaient les préparatifs de la fête, à savoir l’immolation de l’agneau pascal. Mais le raisonnement qui dit : « S’il l’a fait un jeudi, nous pouvons le faire aussi » échoue à deux égards. Premièrement, Jésus aurait pu enseigner à ses disciples une pratique un jour, tout en ayant l’intention qu’ils la pratiquent un autre jour, sans être incohérent. Deuxièmement, le texte dit clairement que la participation de Jésus à cette pratique aurait lieu « nouveau… dans le royaume de mon Père » (Matthieu 26:29). En d’autres termes, il donnait des instructions sur l’observation du Repas du Seigneur qui serait pratiquée dans l’Église après sa fondation. Par conséquent, il faudrait regarder après Actes chapitre deux pour voir si Jésus avait l’intention d’une fréquence fixe ou d’un jour particulier. Nous trouvons précisément cela : l’observation dominicale du Repas du Seigneur.

1 CORINTHIENS 11 : 23-39

L’allusion de Paul à l’institution du Repas du Seigneur par Jésus dans ses remarques aux Corinthiens comprend ces mots :

« De même, après avoir soupé, il prit la coupe, disant : Cette coupe est le nouveau pacte en mon sang ; faites ceci, en mémoire de moi, toutes les fois que vous en buvez. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11 : 25-26).  

Certains ont avancé l’allégation suivante : « L’expression ‘toutes les fois que’ signifie que les Corinthiens étaient autorisés à participer au Repas du Seigneur aussi souvent qu’ils le désiraient, à tout moment sans limitation de jour ou de fréquence. »

Ce point de vue présente deux insuffisances : (1) il ne saisit pas la grammaire et le contexte du passage et (2) il ne considère pas tout ce que Dieu dit sur la question ailleurs dans le Nouveau Testament.

La grammaire/le contexte :

Plusieurs phrases/mots dans le contexte indiquent la notion de temps : « faites ceci » (v. 24, 25), « toutes les fois que » (v. 25, 26), « jusqu’à ce que » (v. 26) et « quand » (v. 33). Cependant, aucun de ces mots ne fournit d’aide pour déterminer quand ou combien de fois le Repas du Seigneur doit être observé. La fréquence, la répétition et la constance sont certainement inhérentes à la construction de telles expressions, mais ces phrases sont indéfinies et ne spécifient pas les paramètres précis de la fréquence. Les remarques de Paul dans 1 Corinthiens 11 ne fournissent tout simplement aucune aide pour déterminer l’observance exacte, bien qu’il clarifie indirectement la question au chapitre 16 où il relie un autre acte de culte au dimanche. J.W. McGarvey reflète cette conscience dans son commentaire sur 11:26 : « L’observation constante de cette fête à travers les siècles est l’une des preuves externes les plus fortes de la vérité de l’histoire de l’Évangile. Par une chaîne de liens hebdomadaires, elle reliera la première et la seconde venue de notre Seigneur ; après quoi il n’y aura plus besoin de symboles » (McGarvey, 1916, p. 118, mis en gras par l’auteur).

Un accent contextuel est mis sur la nature perpétuelle du Repas du Seigneur jusqu’à la fin des temps. Par conséquent, quand il est observé (sans aucune indication du moment où cette observance a lieu, que ce soit le dimanche ou un autre jour de la semaine), chaque fois qu’il est observé, elle doit être faite dans le but de se souvenir de ce que Jésus a fait. Dieu voulait que le Repas du Seigneur soit une proclamation continue et répétitive aux chrétiens et aux observateurs extérieurs de la réalité de ce que Jésus a fait sur la croix et du fait qu’il reviendra. Findlay paraphrase : « Paul suppose que la célébration sera fréquente, car il ordonne que, quelle que soit sa fréquence, elle doit être guidée par les instructions du Seigneur, afin de préserver le souvenir de Lui » (2:881, italiques dans l’original).

Le mot grec choisi par le Saint-Esprit aux versets 25 et 26, traduit par « aussi souvent que » dans la NKJV, est hosakis. Cet adverbe relatif est utilisé trois fois (Moulton, et al., p. 712) dans le Nouveau Testament, dont deux occurrences dans ces deux versets. Selon le respecté grammairien grec A.T. Robertson, le mot est « utilisé uniquement avec la notion de répétition indéfinie » (1934, p. 973, mis en gras par l’auteur ; Robertson, 1931, 4:165). Dans sa discussion des propositions temporelles générales, il classe le terme avec d’autres « Conjonctions signifiant ‘Quand’ » (1934, p. 971). Par conséquent, le terme ne fournit aucun élément permettant de déterminer une spécificité de la répétition. Il n’indique certainement pas que le lecteur est libre de choisir sa propre fréquence, ni n’exclut la stipulation de fréquence qui pourrait être indiquée ailleurs dans le Nouveau Testament. Les lexicographes donnent les synonymes suivants : « chaque fois que », « aussi souvent que », « autant de fois que », « combien de fois », « à quelle fréquence », « aussi souvent que ce soit », « autant de fois que » (Wallace, p. 209 ; Dana & Mantey, p. 281 ; Robson, p. 322 ; Pickering, p. 653 ; Liddell & Scott, p. 1082). On observe que toutes ces expressions se réfèrent simplement à l’événement qui se produit sans spécifier de fréquence. Les traductions anglaises démontrent que hosakis ne transmet pas l’idée que le Repas du Seigneur puisse être prise à tout moment au choix de chacun ou que le dimanche ne soit pas le seul jour voulu par Dieu.

Considérez le tableau suivant qui résume l’usage des traductions anglaises :

Traduction1 Corinthiens 11:251 Corinthiens 11:26
CEBChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
CEVBuvez ceciQuand vous mangez
ERVQuand vous buvezChaque fois que vous mangez
EXBQuand vous buvezChaque fois que vous mangez
GWChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
GNTChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
ICBQuand vous buvezChaque fois que vous mangez
PHILLIPSChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
JUBChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
NOGChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
NCBChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
NCVQuand vous buvezChaque fois que vous mangez
NETChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
NIRVChaque fois que vous buvezQuand vous faites cela
NIVChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
NTEChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez
VOICEChaque fois que vous buvezChaque fois que vous goûtez
WEChaque fois que vous buvezChaque fois que vous mangez

Observons que les expressions « chaque fois », « quand », « chaque fois que » et « à chaque fois » sont équivalentes. Elles indiquent une répétition sans préciser le jour ou l’heure de l’action. Le texte n’implique pas pour autant que les chrétiens sont libres de choisir leurs propres jours pour célébrer le Repas du Seigneur. En réalité, le langage choisi par le Saint-Esprit dans 1 Corinthiens 11:25-26 ne permet pas de déterminer si Dieu a voulu que le Repas du Seigneur soit célébrée un jour ou à une heure particuliers. S’il l’avait spécifié, le Nouveau Testament devrait l’indiquer ailleurs.

Résumé

Ni le grec ni le français ne véhiculent l’idée que les chrétiens sont libres de choisir leurs propres moments pour participer au Repas du Seigneur. Le lecteur doit interpréter cette idée à partir du texte. Si le Nouveau Testament ne donnait pas d’autres directives concernant la fréquence ou le jour du Repas du Seigneur, le lecteur serait libre de choisir ses propres occasions de célébration, décidant quels jours de la semaine et à quelle fréquence la célébrer. Mais le Seigneur nous a donné des instructions supplémentaires sur la question.

Instructions supplémentaires de Dieu

Pour être juste et honnête avec l’Écriture, il faut rassembler tout ce que la Bible dit sur un sujet et raisonner correctement sur ce matériel pour arriver à la totalité de la volonté de Dieu sur ce sujet. Plus précisément, il faut examiner le Nouveau Testament pour connaître la volonté de Dieu concernant la célébration du Repas du Seigneur. En ce qui concerne la fréquence de la célébration, les versets suivants clarifient la question en donnant une image complète : Actes 2:42,46 ; Actes 20:7,11 ; 1 Corinthiens 16:1-2. Bien que 1 Corinthiens 11:23-39 fournisse beaucoup de détails, le but principal du passage concerne le « comment » du Repas du Seigneur, pas le « quand ». Il faut regarder ailleurs pour voir si une fréquence spécifique est prescrite. Il suffit de lire jusqu’au chapitre 16. Les Corinthiens savaient qu’ils devaient se réunir tous les premiers jours de la semaine, comme en témoigne l’utilisation de « kata » en 1 Corinthiens 16:2 (« chaque semaine » – voir ci-dessous). Lorsque Paul écrit : « Chaque fois que vous vous réunissez, faites ceci », il savait que ses lecteurs comprenaient déjà la spécificité du jour (dimanche).

Implications

Considérez les implications de ce qui précède. Si Dieu n’avait pas spécifié Ses intentions concernant la fréquence de la célébration du Repas du Seigneur, une personne pourrait y participer une seule fois après sa conversion et remplir les attentes de Dieu. Si le chrétien vit jusqu’à 90 ans, il plairait à Dieu par une seule célébration.

De plus, les Juifs auraient-ils pu célébrer le sabbat des jours autres que le sabbat/samedi ? Selon Deutéronome 5:12-15, le sabbat commémorait l’Exode – la délivrance des Juifs de l’esclavage égyptien. Ne pourraient-ils pas avoir raisonné – comme ceux qui aujourd’hui déplacent le Repas du Seigneur du dimanche – que la commémoration perpétuelle de l’Exode pouvait également être réalisée des jours autres que le samedi ? Les Juifs n’auraient pas pu savoir quand commémorer l’Exode si Dieu ne l’avait pas stipulé. Si Dieu n’avait donné aucune indication du jour, les Juifs auraient été libres de l’observer n’importe quel jour et leur observance n’aurait pas nécessairement dû être hebdomadaire. Mais en associant la commémoration de l’Exode au samedi, les Juifs étaient obligés de se conformer à la directive de Dieu et faire autrement aurait été un péché.

Le fait est que la majeure partie de la chrétienté – bien qu’associant généralement la célébration du Repas du Seigneur au dimanche – s’est sentie libre de modifier et d’ajuster les instructions de Dieu sur diverses questions au cours des siècles, y compris en altérant la directive scripturaire concernant le dimanche. Pourtant, Ses puissantes déclarations restent en vigueur et offrent un avertissement solennel à ceux qui présumeraient altérer Ses directives : « N’ajoute rien à ses paroles, de peur qu’il ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur » (Proverbes 30:6).

1 CORINTHIENS 16:1-2

Dans 1 Corinthiens 16:2, le terme « kata » est distributif et signifie « chaque ». Macknight explique : « Et comme kata polin signifie chaque ville ; et kata mena, chaque mois ; et, Actes 14:23 kata ekklesian, dans chaque église ; ainsi kata mian sabbatou signifie le premier jour de chaque semaine » (s.d., p. 208, italiques et texte mis en gras dans l’original ; cf. Arndt et Gingrich, 1957, p. 407 ; pour une discussion sur la traduction correcte de sabbatou, voir Lyons, 2006 ; McGarvey, 1910, pp. 306-307). Les traductions anglaises qui reflètent cette caractéristique du grec incluent la NIV et la NASB. Ainsi, Paul a incontestablement invoqué des contributions hebdomadaires pour les églises : « le premier jour de chaque semaine ». De même, les Juifs comprenaient que l’observation du sabbat – « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier » (Exode 20:8) – s’appliquait à chaque sabbat. Paul a déclaré avoir donné le même ordre pour la collecte dominicale hebdomadaire aux églises de Galatie (v. 1). Voici un apôtre inspiré, sous l’influence directrice du Saint-Esprit que Jésus a dit viendrait, légiférant la fréquence pour les églises du premier siècle. Ces églises se réunissaient évidemment non seulement pour offrir une contribution financière, puis rentrer chez elles. Elles se réunissaient pour s’engager dans tous les actes de culte – le Repas du Seigneur étant primordiale parmi eux. Le théologien reconnu, ministre pentecôtiste avoué et professeur émérite de Nouveau Testament au Regent College, Gordon Fee, est d’accord avec cette affirmation, lorsqu’il parle du dimanche comme –

un rendez-vous hebdomadaire de signification religieuse…. Ce langage est bien mémorisé dans les traditions évangéliques en relation avec la résurrection de Jésus d’entre les morts. La place fixe de cette terminologie dans ces récits implique qu’elle avait plus qu’un simple intérêt historique pour l’Église primitive. Cela est encore vérifié par la note dans Actes 20:7, qui implique très fortement que Paul et les autres ont attendu à Troas jusqu’au « premier jour de la semaine » précisément parce que c’est là que les chrétiens se rassemblaient pour la fraction du pain, c’est-à-dire leur repas en l’honneur du Seigneur (1987, p. 814, mis en gras par l’auteur).

CONCLUSION

Seule une compilation exhaustive des enseignements du Nouveau Testament sur un sujet donné, suivie d’une analyse logique de l’ensemble, permet d’aboutir à la vérité. La conclusion qui découle de ces informations est définitive et incontestable. Étant donné que les chrétiens se réunissaient chaque dimanche (1 Corinthiens 16:2) et qu’un des objectifs principaux de ces assemblées était de célébrer le Repas du Seigneur régulièrement et constamment (Actes 20:7 ; 2:42), il s’ensuit que l’Église primitive participait au Repas du Seigneur chaque dimanche, et uniquement le dimanche. H. Leo Boles conclut judicieusement : « Il n’existe aucun exemple ou instruction scripturaire autorisant la célébration du Repas du Seigneur un jour autre que le premier jour de la semaine » (1985, p. 37). Rex Turner propose un résumé approprié : « La conclusion nécessaire et incontournable est que les disciples doivent se réunir, et uniquement se réunir, le premier jour de la semaine pour rompre le pain » (1972, p. 77).

Note du traducteur

Ci-après la définition des abréviations des versions bibliques anglaises utilisées dans cet article :

·  CEB : Common English Bible. Cette traduction vise à être claire et facile à comprendre pour un public contemporain.

·  CEV : Contemporary English Version. Une traduction moderne axée sur une langue simple et directe, conçue pour être accessible à tous.

·  ERV : English Revised Version. Une révision de la King James Version, publiée à la fin du 19ème siècle.

·  EXB : Easy-to-Read Version. Une traduction très littérale, conçue pour être facile à lire pour les personnes ayant des difficultés de lecture.

·  GW : Good News Bible. Une traduction moderne et dynamique, mettant l’accent sur la communication claire des messages bibliques.

·  GNT : Greek New Testament. Il s’agit du Nouveau Testament dans son texte grec original, et non d’une traduction.

·  ICB : International Children’s Bible. Une traduction spécialement conçue pour les enfants, utilisant un langage simple et des illustrations.

·  PHILLIPS : The New Testament in Modern English. Une traduction du Nouveau Testament par J.B. Phillips, connue pour sa style littéraire et sa fluidité.

·  JUB : Jubilee Bible. Une traduction moderne qui vise à restituer la langue originale de la Bible de manière plus précise.

·  NOG : New Oxford Guide. Une traduction moderne qui met l’accent sur l’exactitude et la clarté.

·  NCB : New Century Version. Une traduction moderne qui vise à être à la fois précise et facile à comprendre.

·  NCV : New International Version. Une traduction très populaire, connue pour sa précision et sa clarté.

·  NET : New English Translation. Une traduction récente qui vise à être à la fois littérale et lisible.

·  NIRV : New International Reader’s Version. Une traduction moderne conçue pour être facile à comprendre pour les lecteurs de tous niveaux.

·  NIV : New International Version. Une autre version très populaire, souvent utilisée dans les études bibliques.

·  NTE : New Testament for Everyone. Une traduction du Nouveau Testament conçue pour être accessible à un large public, y compris les non-croyants.

·  VOICE : The Voice Bible. Une traduction moderne qui met l’accent sur la communication claire et naturelle.

·  WE : World English Bible. Une traduction moderne basée sur les textes originaux, avec un accent sur la précision.

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